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G.W. Bush attendra après les fêtes de Noël pour réviser sa stratégie en Irak.
Lui semble-t-il que rien ne presse ?
A force de vouloir garder le cap, à force de sourire tout le temps, il finira par nous faire croire que le pire qui arrive était bien dans ses plans. Comme Tony Blair, Bush résiste avec l'inertie de 'la foi' qui l'a poussé à déclencher, contre tous les avis autorisés (spécialistes, diplomates, pontes de la CIA et de l'armée), ce massacre de l'Irak qu'on appelle "bourbier" par charité pour ceux qui ont "les pieds sur le terrain".
Le status quo peut-il durer plus longtemps ? —Entre guerre de prévention ou de libération, entre victoire éclaire et insurrection contrôlée, entre occupation ou invitation par un pouvoir élu, entre humiliation et torture, amélioration ou guerre civile; entre les fiers à bras prévaricateurs de Washington et les jeunes soldats plongés dans un conflit dénué de sens et dont la mort au combat devient la seule valeur, le seul étalon par lequel la Métropole et le monde médiatisé peuvent juger, jauger la qualité de ce qui se passe en Irak.
En ce moi de Décembre 2006, le nombre de soldats états-uniens morts au combat (2 978) a dépassé le nombre de victimes des attentats du 11/9/2001, pour atteindre 3 000 âmes, en majorité de très jeunes soldats.
Dans un étrange jeu de dupe, ou d'amour propre, il semble que les Etats-Unis aient remboursé en héros combattants, ce qu'ils avaient subi en simples victimes martyrs d'une attaque en traître. Le nombre des blessés invalides atteint 21 000.

Sur quatre années de "guerre" cela représente une Moyenne de 2 soldats US tués par jour, et 14 autres blessés.
Mais ce baromètre macabre dont les seuils symboliques peuvent réveiller l'opinion américaine, n'en reste pas moins une vision très partielle de l'Irak, quand on sait que la mesure doit être deux cents fois plus sensible du côté Irakien.

On a aucune évaluation, officielle ou pas, du nombre de blessés irakiens. Un peu comme si un vaincu devait s'estimer heureux d'être vivant. Pour le nombre des morts Irakiens, il a fallu attendre, très longtemps.
Il est vrai que les soldats occupants se sont assez vite vu débordé dans leur besogne par le terrorisme peu populaire des insurgés : attentats sur les marchés, aux portes des mosquées, lors de grands rassemblements chiites, puis contre les recrues de la nouvelle police et de la nouvelle armée à qui il fallait tout apprendre. Mais il est rare qu'une guerre se fasse ainsi à l'aveuglette, sans compter le nombre des pertes adverses.
Quelques évaluations privées se risquaient a compter en dizaines de milliers depuis longtemps lorsqu'en décembre dernier, un chiffre officiel fut annoncé et repris par le président : 30 000 morts irakiens environ, en décembre 2005. Aujourd'hui, un groupe privé estime ce chiffre à 49 000 au maximum (soit 33 morts par jour pendant 4 ans) en ne se basant que sur des témoins oculaires.
Cela signifierait un soldat américain tué pour seize morts irakiens. Mais ces chiffres servent à l'administration US pour contester une autre estimation, plus objective, réalisée par des universitaires états-uniens en liaison avec un groupe sur place, employant des techniques de sondage déjà éprouvées, sur un large échantillon, et publiée par "The Lancet", revue scientifique britanique.

Selon cette étude indépendante, ce sont 655 000 Irakiens supplémentaires, en grande majorité des civils, qui sont morts depuis le début de la guerre, comparé aux taux de mortalité antebellum.
Ce qui fait non plus 33, mais plutôt une moyenne de 448 décès chaque jour, si on les répartie également sur 4 années, bisextile comprise.
La proportion des morts selon la nationalité n'est donc plus de 1 pour 16, mais de 1 soldat US tués pour 200 morts irakiens. 1 sur 224 pour faire précis !


Evidemment Bush ne se vante pas d'un tel bilan qui ferait rougir n'importe quel tyran sanguinaire des Carpates.
Mais un Bush comme toujours à l'attaque alors qu'il parait sur la défensive. S'il conteste les chiffres et prétend que la méthode utilisée est discréditée, il admet cependant la mort de nombreux innocents, et s'en dit très affecté. Mais il admire davantage, au fond, la souffrance et le courage des irakiens. Il va même jusqu'à condescendre qu'il trouve tout à fait normal qu'un jour, les Irakiens puissent … vivre en paix !
Peut-être il attend que le combat cesse faute de combattants ?
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  Dans une interview sur CNN [la vidéo n'est plus disponible], John Zogby, de l'institut de sondage Z.I., confirme que les résultats sont aussi crédibles qu'une étude statistique peut l'être, « sûrs à 95%».
Ayant mobilisé des services de santé sur place, dans de nombreuses régions d'Irak, et des chercheurs dans une grande université américaine, cette étude très technique est basée sur un échantillon plus large qu'en Bosnie ou en Rwanda, où elle a déjà fait ses preuves. Zogby explique qu'on a du mal à admettre les chiffres parce qu'on a pris l'habitude de réduire l'Irak à la seule région de Bagdad à laquelle se limitent l'essentiel des nouvelles et des chiffres connus. Mais l'Irak est un vaste pays, rappelle J. Zogby, où diverses régions et grandes villes connaissent des niveaux de violence équivalents et parfois pires que dans la capitale.
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     •     Extrait-Vidéo d'une conférence de presse où George W. Bush répond d'une manière gênée, quoique assez explicite, à la journaliste Suzanne Malveaux qui lui demande s'il maintient son estimation du nombre de morts depuis le début de la guerre en Irak à 30 000, ce qui est 20 fois moins que les derniers résultats publiés qui donne 655 000.

« Non, je ne pense pas que cette étude soit crédible, pas plus que le Général Casey et les Officiels irakiens ne le pensent.
« Ce que je sais, c'est que beaucoup d'innocents sont morts, j'en suis préoccupé, et cela m'attriste…
« Et, je… félicite les Irakiens pour leur courage en face de la violence.
« Je… Je suis, vous savez, … je trouve fascinant ("I am amazed")… que ce soit une société qui veut tellement être libre qu'elle est prête à…, vous savez, qu'il y a un niveau de violence qu'ils sont prêts à tolérer. Et c'est maintenant au gouvernement irakien de travailler dur pour apporter la sécurité dans les quartiers, pour que les gens puissent sentir… se sentir, heu… vous savez, en paix. » (…)

Décrire ce que l'intonation et la gestuelle du président Bush apportent à ses propos deviendra sans doute un travail d'école, mais il semble se dégager surtout l'impression qu'il parle d'un phénomène naturel avec lequel lui ou sa politique n'ont plus rien à voir. Objectivement, donc honnêtement, il s'étonne de ce désir de liberté que semble éprouver même les gens qui souffrent. Voilà son empathie, sa compassion, d'autant plus sincère qu'elle conforte sa théorie de l'action et son prétexte démocratique.


•§•  Bush et l'estimation des pertes humaines, interrogé par S. Malveaux.  •§•

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