Langue-nationale et Ghetto !

Publié le par David Leterrier



Ancien "House Speaker" au temps glorieux où le Congrès Républicain de la Majorité Morale bataillait ferme contre le président Clinton (à partir de 1994) — Newt Gingrich est de retour, et se verrait bien candidat pour 2008.
Newt vient de se prononcer pour une 'politique linguistique' ferme et patriotique, digne d'une république qui n'a pas peur d'elle-même.
Au week-end de la Fédération Nationale des Femmes Républicaines, Gingrich a déclaré en effet :
« Les Américains sont d'avis que la langue officielle devrait être l'anglais…Les Etats-Unis devraient abolir les programmes éducatifs bilingues, afin que les gens ne se mettent plus à parler une langue que l'on parle dans un ghetto.»

Comme les programmes bilingues dans le pays sont en grande majorité des programmes Anglais/Espagnol , la Coalition de l'Education Hispanique a bien compris le message :
« Le ton de ces déclarations était plein de haine. L'Espagnol est parlé par de nombreuses personnes qui ne vivent pas dans le ghetto

Questionné la semaine suivante par Alan Colmes, le faire-valoir un peu libéral de FoxNews, Gingrich eu l'occasion de clarifier sa pensée — ou de s'enfoncer un peu plus dans le malaise (c'est selon…).

Gingrich:    «Ecoutez, je ne faisais pas allusion à l'espagnol. Ce que je proposais c'est que nous devrions avoir un programme d'apprentissage intensif pour que toute personne qui arrive en Amérique apprenne l'Anglais aussi vite que possible. »
Colmes:    «Qu'avez-vous voulu dire par langue de ghetto ?»
Gingrich:    « Ce que j'ai voulu dire est très clair, Alan. Nous ne devrions pas maintenir un programme qui piège les gens dans une situation où ils ne peuvent pas parler l'anglais. Un programme qui néglige de leur apprendre la langue qui est la langue proéminente de la prospérité, la langue dominante du gouvernement, la langue dominante de la politique.
Maintenant, je vous laisse choisir — franchement, "ghetto" est historiquement un terme qui désignait une référence juive, originellement. Je n'ai pas mentionné l'espagnol, et je ne veux évidemment pas qu'aucune personne qui parle l'espagnol pense que, de quelque façon, je puisse manquer de respect envers l'espagnol ou envers toute autre langue parlée par des gens qui viennent aux Etats-Unis.»

C'est beau comme de l'antique !
Mais qui peut vraiment parler le langage de la Prospérité aux Etats-Unis ?

Un éditorial de l'International Herald Tribune, du 3 avril 2007, rappelle quelques chiffres (disponibles pour l'année 2005):
La tranche de 1% des plus aisés reçoit 21,8% du revenu national — une part inégalée depuis 1929 !
Quant aux 10% du dessus, ils reçoivent 48,5% du même revenu — du jamais vu depuis la grande dépression.
Pour les 90% du bas (!), qui se partagent le reste, le revenu moyen a baissé en 2005.
Pour l'éditorialiste, ces disparités sont en grande partie dues, contrairement à la vulgate, à la récente politique économique de l'administration Bush qui, depuis 2000, a délibérément coupé et les taxes et les services sociaux, sans réduire les dépenses.

Dans un récent article du New York Times, Paul Krugman rappelle que si, depuis 1980, le revenu médian aux Etats-Unis à augmenté de 17% , le revenu des plus riches 0,1% a quadruplé.
Les activistes du Club de la Croissance, courtisés par tous les candidats républicains, ne veulent pas en entendre parler, ni qu'on en parle.

Dans la suite de son article, Krugman explique cependant comment un parti aux théories si obsolètes et coupées du monde a bien pu se faire élire.

Au temps de Reagan (années 80), les USA étaient vraiment constitués d'une classe moyenne importante.
«Pour les électeurs blancs, au moins, les grandes inégalités et l'injustice sociale du passé, qui avaient donné son attrait au libéralisme [New Deal, Civil Rights], tout cela semblait de l'histoire ancienne. Et il était alors facile de persuader de nombreux électeurs que le Gros Gouvernement était leur ennemi, et qu'ils ne se faisaient taxés que pour financer des programmes sociaux pour les autres.»

La réussite récente du parti serait due à la distraction causée par la menace sécuritaire, et à un phénomène appelé le "disenfranchisement", par lequel les électeurs pauvres, minoritaires, ou noirs, sont subtilement écartés des bureaux de vote. Voir les élections présidentielles de 2000, en Floride, où un électorat juif s'est soudain vu représenté par l'extrême droite dans certains cantons, et où des électeurs, dans les quartiers noirs, se sont vus rayés des listes, du simple fait que leur nom ressemblait à celui de personnes qui, ayant fait de la prison, étaient privés du droit de voter, par une loi décrétée dans certains Etats de l'Union - phénomène dit de la "felon purge".

D'autre part : «Plusieurs des procureurs licenciés tout récemment [selon "le bon plaisir" du Président] ont reçu des pressions pour ouvrir des enquêtes sur de supposées fraudes électorales — une expression qui est devenue quasi synonyme de "voter alors qu'on est noir".…
Il y a la loi de Georgia qui demande un carte d'identité dont l'établissement est payant, il y a le redécoupage électoral au Texas (…), toutes mesures dont certains fonctionnaires de la Justice, réduits au silence, estiment qu'elles empêcheraient effectivement des électeurs Africain-Américains de voter.
»

La bonne nouvelle, conclu cependant Paul Krugman, c'est que ce ne sera pas aussi facile en 2008, «parce que les démocrates, qui passèrent le plus clair des années Clinton à assurer aux gens fortunés et aux corporations qu'ils n'étaient pas de dangereux populistes, semblent réaliser cette fois que les temps ont changés

Est-ce que nos socialistes de gouvernement sentent le vent changer en France ? En France où l'on rêve tant des succès de l'Amérique, un pays où tout va décidément pour le mieux, c'est clair. Surtout les chevilles, pas très ouvrières.
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