Un Faucon de bon sens !

Publié le par mediapool

Les confidences de Zbigniew Brzezinski sur l'Irak et l'Iran.

Ancien National Security Adviser de Jimmy Carter de 1977 à 1981, théoricien même d'une jalouse hégémonie US sur le monde, Brzezinski n'a vraiment rien d'un pacifiste !
Pourtant lorsqu'il décrit la situation actuelle au Moyen-Orient, cela vaut le détour.
Voici le début de sa récente allocution devant une commission parlementaire spécialisée.



Le 1er Février 2007 - Senate Foreign Relations Commitee.
Intitulé des Auditions : «Défendre les intérêts de l'Amérique en Irak : les options restantes



        «  Monsieur le Chairman [ président de commission, Joe Biden],

    Vous avez choisi de tenir ces auditions à un instant critique, une période de jonction dans la guerre de choix que les Etats-Unis ont lancée en Irak, et je vous félicite, ainsi que le Sénateur Lugar, de les avoir organisées.

Il est temps que la Maison Blanche intègre la réalité de deux évidences centrales:
 1./    La guerre en Irak est une calamité historique, stratégique et morale. Entreprise sous de faux prétextes, elle amoindrie la légitimité globale de l'Amérique. Tant les dommages collatéraux causés aux civils que certains abus, ternissent la crédibilité morale de l'Amérique. Inspirée par des pulsions manichéennes et par arrogance impériale, elle amplifie l'instabilité régionale.

 2./    Seule une stratégie politique qui est historiquement pertinente, plutôt que réminiscence d'un gouvernorat colonial, pourra fournir le cadre nécessaire à une résolution tolérable non seulement de la guerre en Irak, mais aussi des tensions qui vont s'intensifiant dans la région.

Si les Etats-Unis restent embourbés plus longtemps dans cette campagne meurtrière qui se prolonge en Irak, la destination finale de cette pente descendante a toutes les chances d'être une collision brutale avec l'Iran et avec quasiment tout le monde de l'Islam en général.
Un scénario plausible, menant à un conflit militaire, part de l'échec des Irakiens à atteindre les seuils d'organisation fixés pour leur indépendance [les 'benchmarks']; puis prévoit des accusations sur la responsabilité de l'Iran dans cet échec; suivies par quelque provocation en Irak ou un attentat terroriste aux USA imputé aux iraniens; le tout culminant dans une action militaire "défensive" des Etats-Unis contre l'Iran, qui plongera une Amérique isolée plus profondément dans un guêpier contagieux qui finira par se propager à toute la région: Irak, Iran, Afghanistan et Pakistan.

Un récit historique mythique a déjà été formulé afin de justifier une guerre aussi longue et potentiellement expansive. La guerre, initialement justifiée par de fausses informations sur certaines armes  en Irak, est maintenant redéfinie comme étant "le combat idéologique décisif" de notre temps, qui se réclame des grands combats passés contre le Nazisme et le Stalinisme. Dans cet esprit, l'extrêmisme islamiste et al Quaeda sont présentés comme une menace équivalente à celles posées par l'Allemagne Nazie, puis par la Russie Soviétique. Et les attentats du 11/09 sont comparés à l'attaque de Pearl Harbor, qui précipita l'entrée de l'Amérique dans la deuxième guerre mondiale.

Cette reconstruction historique simpliste et démagogique omet de rappeler que le Nazisme était basé sur la puissance militaire d'un pays doté de l'industrie la plus puissante d'Europe; tandis que le Stalinisme pouvait lui à la fois mobiliser les ressources d'une Union Soviétique victorieuse et puissante, et bénéficier d'un retentissement mondial grâce à sa doctrine marxiste. En comparaison, la plupart des musulmans n'adoptent pas le fondamentalisme islamique, al Quaeda est une aberration islamiste isolée; la plupart des Irakiens sont entraînés dans des divisions intestines parce que l'occupation américaine a détruit l'état irakien. Quant à l'Iran, bien que son influence régionale s'accroisse, c'est un pays divisé politiquement, et faible économiquement et militairement.
Prétendre que les Etats-Unis d'Amérique sont déjà en guerre avec une menace islamique plus vaste dans la région dont l'Iran serait l'épicentre, c'est promouvoir une prophétie qui se réalise d'elle-même [ 'a self-fulfilling prophecy'].

Il est déplorable que la politique étrangère de l'Administration au Moyen-Orient repose, ces derniers temps, presque entièrement sur l'usage de tels slogans. Un discours imprécis et provocateur évoque "un nouveau contexte stratégique", en se basant sur "une vision claire", et promeut "l'accouchement douloureux d'un Moyen-Orient nouveau". Ce discours nourrit un anti-Américanisme grandissant et augmente les chances d'un conflit à long terme entre les Etats-Unis et le monde musulman.
Ceux qui sont en charge de la diplomatie ont également adopté une posture d'ostracisme moral vis-à-vis de l'Iran —qui rappelle l'attitude de J. F. Dulles envers les dirigeants communistes de la Chine, dans les années 50, qui aboutira au fameux refus de la poignée de main (il faudra un quart de siècle avant qu'un autre président Républicain puisse éventuellement faire oublier ce fâcheux précédant). »
« ( …) »
     ( lire le discours en anglais.)
[ Traduction© David Leterrier ]
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• Vidéo •  Z. Brzezinski devant le Comité du Sénat pour les Relations Etrangères -
sur PBS, le 1er/02/07.



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• En Français • Z. B. a récemment été interviewé par LeMonde (édition du 24.03.07.) 
[proppos recueillis par C. Lesnes, extrait]

 — « Condoleezza Rice retourne ce week-end au Proche-Orient. Est-ce que l'administration Bush a encore le temps de faire quoi que ce soit ? »

Z. Brzezinski — « Je ne suis pas si sûr qu'elle ait encore formulé une approche globale des problèmes. Certains de ses slogans ont été très maladroits. L'été dernier, elle a parlé des "douleurs de l'enfantement" d'un nouveau Moyen-Orient. Ce n'est pas tout à fait comme cela que je vois le bombardement de civils libanais par les Israéliens ou de civils israéliens par le Hezbollah. Récemment, elle a évoqué la définition d'un "horizon" (un horizon politique pour les Palestiniens). Elle a l'air d'ignorer le fait que l'horizon est une ligne imaginaire, qui s'éloigne quand on s'en approche... » (… …)

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Publié dans international

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