Elections: 53 % de Français Cocus mais contents!

Publié le par David Leterrier



    La victoire n'entamera pas la soirée beauf de Nicolas Sarkozy. Les Français dans la poche, il va dîner avec le gratin de l'industrie et des médias — une collusion qui ferait rougir, même aux USA, où le capitalisme est, d'habitude (sic), bien régulé. Pour l'occasion, il exhibe enfin sa femme, si peu impressionnée qu'une promenade en bateau semblera vitale pour le couple présidentiel. A l'image de la "première dame de France" en habit de plage, les Français tirent un peu la gueule, avec un sourire jaune pour ceux qui ont voté Sarkozy. Le solennel, coco, c'est dépassé !
Et ne vous creusez pas trop la tête pour savoir ce que vous en pensez, car de nouveaux sondages arrivent pour que vous puissiez penser… comme tout le monde !

—le 10 Mai 07 : Selon une enquête Opinionway-LCI-Le Figaro, 58% des sondés ne trouvent "pas choquant" le séjour luxueux de la famille Sarkozy à Malte. Et comme ose finement demander Le Figaro-LCI, devant les critiques de l'opposition ou les réserves "en coulisses" de certains parlementaires UMP sur le faste de cette "retraite" estampillée Bolloré :
    « Les Français seraient-ils en avance sur leur classe politique ? »

Après le concept de valeur-travail, tout droit tiré de Karl Marx, voici la Révolution Culturelle de Mao, façon Figaro/TF1 /Bolloré /Sarkozy. Pincez-moi, je rêve !

Disgressions sur les premières paroles du vainqueur:

Quelque chose a ripé.
Lors du premier discours du candidat élu, déjà, un certain décalage apparaît entre la fonction et l'homme. Sans s'attacher à ce que N. Sarkozy a dit, salle Gaveau, le malaise est venu de ce qu'il avait encore quelque chose à dire, en plus du traditionnel "je serai le président de tous les Français…".
Tout d'un coup, après quelques phrases, la voix de Sarkozy semblait ne pas accrocher sur l'événement. Ce n'est pas qu'il ressassait encore quelque slogans de campagne, comme une machine qui a tellement fonctionné qu'elle ne peut pas s'arrêter d'un seul coup, comme ces coureurs qui doivent encore trotter un tour de piste, après avoir franchi la ligne, afin de ne pas passer du sprint au repos trop brutalement. Non, mais la longueur de son discours elle-même fuyait, ce qui se voulait précision, clarté, franc-parler, devenait caprice d'un enfant qui en veut toujours plus.
Tout d'un coup, le président élu oubliait son état —dépositaire pour cinq années de la plus haute fonction de l'Etat— pour plaider encore, pour définir en quelques lignes bâclées de toute urgence, l'évolution psychologique que tout le pays venait de subir. Tout à coup, la parole du candidat élu apparaissait dans toute son irrépressible prétention. Car que pouvaient ses mots face à l'instant de sa victoire, face à l'initiation ultime qu'il venait d'atteindre ? Sa prétention à parler, encore ou déjà, manquait du tout au tout la solennité de l'occasion. Les aspects purement performatif, initiatique, le couronnement, qui en démocratie consiste à simplement enregistrer sa victoire, ne se trouvaient guère 'incarnés' par le vainqueur, et la France ne trouvait qu'un homme pressé qui refusait le costume. La voix de Sarkozy se refusait à prendre l'autorité de son rang, et courait encore s'assurer de quelque point de détail.

D'abord, le nouveau président, sa première parole fût pour parler de lui-même. Il nous demandait encore d'imaginer, tout de go, ce que ce jour pouvait représenter pour lui, « imaginez…». Il nous priait de bien comprendre comment l'accomplissement de son destin l'affectait lui, dans sa vie.
Alors, les électeurs abasourdis se trouvèrent projetés dans une émission de télé-réalité comme "la ferme" et "le loft", où l'action épiée est souvent interrompue pour faire place à des interviews intimes de participants, amenés à décrire leurs sentiments sur le vif.
Après avoir parlé de lui, l'élu nous parla de "son amour" pour la France, alternativement chacun d'entre nous. Il nous invitait à constater combien pour un chef d'état, la vocation et le devoir envers tous ses administrés, envers la patrie, se résumait à l'amour qu'il pouvait ressentir pour son peuple. La France de Sarkozy devrait donc s'habituer à ressentir, plus qu'à comprendre quoi que ce soit ? Dans la liesse et le style douteux d'un lauréat qu'on découvre n'être qu'un habile parvenu, on est prié de comprendre que Sarkozy est très ému. Il offre du pathos et du mélo, là où il ne fallait donner sobrement qu'un discours responsable, et plutôt grave, que béat.
Puis vinrent les slogans, les mots 'soixante-huit' ou 'repentance' furent évoqués pour bien s'assurer de leur mort définitive — Alors que ses opinions viennent de remporter une majorité nette des suffrages, ce qui est réellement considérable et concret, Sarkozy nous raconte qu'il à définitivement vaincu les dragons de quelques pensées adverses, ce qui est prétentieux et certainement faux.
A un moment, j'ai ressenti le besoin de me lever car une pensée inattendue me traversait : ce type va en prendre plein la figure, il court dans le mur. Pas le mur d'une quelconque opposition politique, mais un mur mental, une porte fermée qu'il imagine toujours alors qu'il vient de recevoir toutes les clefs.

Et la France médusée, s'est donc résolue à ne recevoir que de l'émotion, un peu baveuse, mise en scène par son champion. Sarkozy manque de sobriété, mais c'est notre élu, il nous confesse son amour, ce qui n'est pas vraiment du ressort du politique…, mais on lui passe volontiers ces excès, car il est visiblement troublé, comblé, il n'en revient pas.
Aussi, la première infidélité surprit d'autant plus, lorsqu'il se mit à dire un mot pour 'ses' ou 'nos amis américains' — comme si l'occasion se prêtait à un exposé de politique étrangère. Comme si les américains écoutaient en direct une sorte de libérateur français qui les embrassait enfin, après une traversée du désert. Les Français ont pu alors se sentir un peu décalés, du fait même de la déclaration d'amour exclusif qu'ils venaient de recevoir. Il ne s'agit nullement de jalousie réelle, ou 'd'anti-américanisme', mais bien d'inconsistance.

Dans ce premier discours, Nicolas Sarkozy aura en effet innové sur plusieurs points : il d'abord fait un retour sur lui-même comme si le peuple en plus de l'élir devait pouvoir s'identifier à son destin pourtant peu commun. Il a ensuite parlé d'amour, une dimension religieuse ajoutée faisant de sa charge un quasi sacerdoce. Et enfin il a brisé ce face à face émotionnel et moral, en parlant d'une amitié retrouvée sur le plan international, avec les Etats-Unis qui se trouvaient ainsi étrangement conviés à la célébration de sa victoire Le problème n'est pas la nouveauté dans ce protocole non écrit de la victoire. Le problème réside dans l'inconsistance et le vide politique de ses stratégies de séduction. S'il était tant ému, comment a-t-il pu formuler si précisément la nature de ses sentiments pour en faire réclame; et si son rapport au pays est si sentimental, comment peut-il encore se retourner pour nous parler d'une autre nation, fût-elle notre meilleure alliée ?

La deuxième surprise pour les Français, sera de constater que son côté "people", que l'on croyait réservé aux étapes de sa campagne électorale, est en fait indépassable et permanent chez Sarkozy. Johnny Hallyday n'est pas seulement le chanteur de variété qui est venu renforcer ses meetings, c'est aussi le premier exégète qui, sortant du Fouquet's, résume la situation devant la France ébahie : les Français ont voté pour le changement… et Sarkozy va apporter du changement à la France. Johnny est dans la confidence, ah que oui !
Johnny ne se doute pas que le vrai changement c'est lui-même, Star émergée dans les années 60, et plus grand succès commercial de la chanson française, travesti en porte parole du président de la république !
Le changement, ce sera, place de la Concorde, Mireille Mathieu entonnant la Marseillaise en l'absence de Guy Lux et de Léon Zitrone! Et ce sera l'épouse du candidat élu, habillée sport, qui n'écoute pas le discours de son mari, mais continue de recevoir présentations et embrassades que ses collaborateurs lui prodiguent, en toute mondanité, alors même que le nouveau président fait son deuxième discours. «Vous ici ? Mais quelle coïncidence !!!»

Sarkozy tient décidément plus de la "Star Ac." que du président élu, il est "people" ou populiste, mais rien d'autre ! Il vient de siphonner la majorité des voix des électeurs français, mais peu lui en chaud car il concoure toujours pour être choisi comme vedette de l'Eurovision. La France était à bout de souffle, Nicolas ne fait que commencer, à détruire les protocoles, et à niveler par le bas de la lucarne, tout problème de société.

    Bien sûr, il y a eu la pantalonnade des motos de la presse pourchassant la voiture de l'élu. Au travers d'une caméra de TF1 on voyait des motos de TF1 portant des cameramen qui cherchaient à interviewer le candidat que TF1 avait soutenu, peu ou prou. Lors d'un bref arrêt improvisé en plein milieu d'un voie rapide, un moto, par chance celle de la chaîne que je regardais, TF1, réussit à s'approcher de la vitre arrière de la voiture. On vit le bras d'un journaliste, armé d'un micro, pénétré pendant 2 secondes à l'intérieur de la voiture qui repartait aussitôt. Et la question fusa : «Monsieur Sarkozy, que ressentez-vous ?»
Et la réponse se fit entendre dans le poste, clair, sans bruits de vent ni vrombissements de moteur, comme préenregistrée :
«Beaucoup d'émotion, beaucoup d'émotion.» Il fallait que ce soit dit ! Quel grand pays cette France, quelle chaîne audacieuse que TF1 !
TF1, dont le patron Francis Bouygues attendait l'élu au restaurant du Fouquet's, avait réussi son coup, un interview de haut vol, même si c'est au mépris du code de la route. Au mépris de la différence entre flics en civil et paparazzi ! On a presque eu peur.
Arnaud Lagardère (Hachette), Martin Bouygues, , Alain Minc (Le Monde), pas plus que Nicolas Sarkozy ou Vincent Bolloré (gratuits, CSA), ne méprisent aucun code de conduite, eux, ni ne mélange les frontières éthiques de leur métiers respectifs. Honni soit qui mal y pense ! [Aux USA, toutes les contributions financières à une campagne politique sont passées au peigne fin, et donnent lieu à d'immanquables procès longtemps après les résultats — En France, pas encore…]

Au Fouquet's, tout le monde fait son 'coming out' : de grands patrons de la presse et de l'industrie se payent de familiarité avec le monde des Stars du Cinéma; les politiques tapent dans le dos des plus grandes, quoique plus anciennes, Stars du show-biz. Tout ce monde est si occupé qu'il ne reste plus qu'un chanteur de charme (récemment émigré pour raison fiscale)  pour parler aux journalistes de service restés dehors. Mais surtout on remarque le bonheur du self-made man Sarko lui-même qui s'approche du monde de la haute finance avec une prédilection marquée pour les grandes familles où l'on est dirigeant de père en fils. Et tout ce beau monde semble crier en coeur :
            « M'as-tu vu ?»
En politique, le style ce n'est pas toujours important, personne ne songe à critiquer les goûts  artistiques de Churchill ou de Gaulle. Mais au vu de tant promesses de renouveau et de libération des énergies du pays, on est en droit de se demander si un leader qui ne songe à réunir que Johnny, Mireille et quelques patrons de bonne famille, sera en mesure d'apprécier et de favoriser la réussite des acteurs réellement créatifs et novateurs d'un monde de plus en plus opaque ? Ou s'il va toujours donner aux mêmes, qui le flattent et l'invitent dans le merveilleux monde de "ceux qui ont réussi" et qui aiment que cela se sache.

Comme le remarque si bien "Le Canard Enchaîné" du 09 Mai :
«En attendant de réhabiliter la valeur travail, Sarko, avec ses amis du CAC40, a commencé son quinquennat en réhabilitant la valeur pognon.»


Publicité

Publié dans Sarkozy élu...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article