Tu Quoque, Attali !
L'ouverture du berger
L'affaire ressemble à une partie d'échec. Le fameux coup du berger permet de remporter la partie en quelques coups. Pour atteindre le mat, il suffit d'immobiliser la reine avec un cheval et un fou. Or chacun sait que le cheval est le meilleur ami de l'homme, et que le fou amuse la galerie. Pénélope, la reine devra défaire et tisser de nouveau les liens et les raisons qui devraient l'unir à son électorat naturel, et pas seulement pour la façade. Hé quoi, les députés de l'opposition auront sans doute un travail plus intéressant que les godillots, dans cette législature.
L'affaire ressemble à une partie d'échec. Le fameux coup du berger permet de remporter la partie en quelques coups. Pour atteindre le mat, il suffit d'immobiliser la reine avec un cheval et un fou. Or chacun sait que le cheval est le meilleur ami de l'homme, et que le fou amuse la galerie. Pénélope, la reine devra défaire et tisser de nouveau les liens et les raisons qui devraient l'unir à son électorat naturel, et pas seulement pour la façade. Hé quoi, les députés de l'opposition auront sans doute un travail plus intéressant que les godillots, dans cette législature.
Jacques Attali, avec beaucoup d'à propos, accepte une mission présidentielle dans le domaine des affaires étrangères. Une mission, proposée par N. Sarkozy quelques jours avant les élections législatives, que Attali accepte parce qu'il ne veut pas frustrer le pays de son expertise, et non par calcul politicien, ou autre amour du pouvoir. Selon certaines sources, la mission concernerait ou le financement durable du tiers monde ou le nucléaire iranien.
Jospin, au moins, lorsqu'il s'était retiré du PS après l'échec de 2002, était resté à l'écart. Il désertait la place certes, mais il laissait place nette, à d'autres de reprendre le flambeau.
Mais aujourd'hui, certains piliers politiques et médiatiques non seulement quittent le parti après la défaite, mais changent de camp. Après avoir perdu, ils cassent leur jouet en faisant des petits trous dans la coque du navire, ou en emportant "le fichier clients". On ne s'engage plus, on se déguise.
Le Pen aura beau jeu de dénoncer l'emprise des socialistes sur le gouvernement. "Avec ces gens-là, les promesses n'engagent que ceux qui y croient" a-t-il récemment remarqué. Sûr qu'il va inventer une sorte d'alliance de l'ombre qui puisse expliquer comment tout ce beau monde se retrouve: Sarkozy qui a dépassé le FN sur des sujets comme l'immigration et la justice, Kouchner qui donnait de la voix à l'action humanitaire, et Attali qui repeignait sa sociologie mathématique dans toutes les sciences humaines et jusque dans les oreilles de Mitterrand. Sans parler du meilleur comptable de France, le farceur Eric Besson, qui était à contre emploi chez les collectivistes après avoir fait ses humanités chez les humanitaires. Mais que Le Pen se rassure, la rose qu'ils emportent avec eux ne semble plus avoir beaucoup de piquants.
Or s'il est devenu courant d'accuser Mitterrand d'avoir aider Le Pen à retrouver la voie des média tout afin de gêner la droite dans les années 80, on reprochera peut-être un jour à Sarkozy et à ceux qui acceptèrent avec tant de célérité sa main tendue, d'avoir extrémisé le Front National et déstabilisé l'électorat contestataire de toute tendance, pour se donner bonne conscience et dérouter les critiques de l'opposition.
En tout cas, il y a une démission du politique. Des amis de François Bayrou à ceux de Ségolène Royale, on refuse le rôle, devenu un peu ringard, d'opposition démocratique. Au lieu d'avoir une valeur de principe, un engagement pour certaines idées au sein du théâtre politique, ces politiciens prennent une valeur d'échange. En tant que transfuges en effet, ils prennent une valeur bonus, qui n'est pas leur valeur d'usage, leurs compétences comme leur orgueil semble le croire, mais une valeur d'otage symbolique, non seulement pour les électeurs qu'ils peuvent drainer avec eux lors des prochaines législatives, mais aussi pour tous les discours de gauche qui sembleront invalidés dans notre monde médiatique, du simple fait de la présence de telles personnalités gouvernementales aux journaux télévisés.
De son côté, le Président qui, une fois gagnées les élections à la tête du plus grand parti de France, part faire ses emplettes dans les jardins de l'opposition pour constituer son gouvernement d'ouverture, ne démissionne-t-il pas de son camp et de sa majorité ?
Pourquoi s'en plaindre ? Il faut saluer l'indépendance d'esprit du président, son ouverture surprise et sa capacité de demander des sacrifices à son propre camp. Peut-être pense-t-il que l'extrême droite est déjà absorbée et qu'elle sera moins dangereuse avec le système majoritaire des législatives, et se tourne-t-il vers la gauche et le centre pour gagner encore quelques indécis que son ouverture peut séduire et pour mettre à mal durablement l'opposition en lui dérobant quelques symboles. Sans doute va-t-il récompenser son électorat de droite sur d'autres plans, comme par le contenu de sa politique, la teneur des réformes qu'il faut attendre patiemment, après que les législatives ouvrent bien grand la voie législative ? Le rêve d'un président centriste n'a plus que quelques jours à vivre, après quoi les transfuges prendront leur couleur de faire valoir, à contre jour.
Ce que l'on dit des étrangers trahit un peu ce que l'on pense des citoyens, et c'est bien là le côté le plus effrayant de ce projet de loi. Car le critère sentimental utilisé pour filtrer les immigrants doit évidemment valoir pour les français de souche. La loi, en invoquant ces valeurs nationales implique insidieusement qu'un bon français doit partager ces valeurs et aimer sa patrie. Un réformiste serait-il moins français qu'un conservateur ? Un communiste serait un agent de l'étranger et un musulman un mal adapté ? Et que dire d'un Basque, d'un Breton ou d'un Guadeloupéen, face à un Parisien, face à un paysan. D'autre part, l'esprit critique (et pas seulement la moquerie iconoclaste ou la caricature), pourtant si essentiel aux valeurs de l'Occident, deviendrait l'ennemi intérieur de ces bonnes valeurs françaises que tout bon citoyen se doit d'aimer et de protéger des influences extérieures, qui rodent. Il y a dans cette loi une injonction à aimer sa patrie, et un choix présélectionné dans les réponses possibles aux questions sur son existence, sa naissance. Avant de pouvoir se penser être au monde, le citoyen doit d'abord s'apprécier comme 'être français'. Le chauvinisme n'est plus une option, c'est un devoir…
Pour la gauche, toutes ces défections sont évidemment une aubaine, bon débarras !
Les trous laissés par ceux qui se purgent d'eux-mêmes, recoupent assez bien les flous idéologiques où le parti socialiste cachait ses divisions. Ce que la gauche voit partir est peut-être ce qui l'a empêché d'avoir un discours crédible. A force de vouloir réaffirmer toujours ses qualités de bon gestionnaire pour rassembler jusqu'au centre, le PS a moins écouté à gauche et a délaissé ses principes rassembleurs pour un consensus sans plus de base. Le PS n'a pas su comprendre les raisons du non à la constitution européenne dans le contexte international de l'époque, et il a peu précisé les angles de sa politique étrangère (alors qu'il y avait une majorité à prendre sur ces sujets!). Est-ce un hasard si ce sont les socialistes aux tendances les plus atlantistes qui se précipitent les premiers dans les bras du faucon maltais ?
•////////////////////////////////////////////////////////////////////////•Jospin, au moins, lorsqu'il s'était retiré du PS après l'échec de 2002, était resté à l'écart. Il désertait la place certes, mais il laissait place nette, à d'autres de reprendre le flambeau.
Mais aujourd'hui, certains piliers politiques et médiatiques non seulement quittent le parti après la défaite, mais changent de camp. Après avoir perdu, ils cassent leur jouet en faisant des petits trous dans la coque du navire, ou en emportant "le fichier clients". On ne s'engage plus, on se déguise.
Le Pen aura beau jeu de dénoncer l'emprise des socialistes sur le gouvernement. "Avec ces gens-là, les promesses n'engagent que ceux qui y croient" a-t-il récemment remarqué. Sûr qu'il va inventer une sorte d'alliance de l'ombre qui puisse expliquer comment tout ce beau monde se retrouve: Sarkozy qui a dépassé le FN sur des sujets comme l'immigration et la justice, Kouchner qui donnait de la voix à l'action humanitaire, et Attali qui repeignait sa sociologie mathématique dans toutes les sciences humaines et jusque dans les oreilles de Mitterrand. Sans parler du meilleur comptable de France, le farceur Eric Besson, qui était à contre emploi chez les collectivistes après avoir fait ses humanités chez les humanitaires. Mais que Le Pen se rassure, la rose qu'ils emportent avec eux ne semble plus avoir beaucoup de piquants.
Or s'il est devenu courant d'accuser Mitterrand d'avoir aider Le Pen à retrouver la voie des média tout afin de gêner la droite dans les années 80, on reprochera peut-être un jour à Sarkozy et à ceux qui acceptèrent avec tant de célérité sa main tendue, d'avoir extrémisé le Front National et déstabilisé l'électorat contestataire de toute tendance, pour se donner bonne conscience et dérouter les critiques de l'opposition.
En tout cas, il y a une démission du politique. Des amis de François Bayrou à ceux de Ségolène Royale, on refuse le rôle, devenu un peu ringard, d'opposition démocratique. Au lieu d'avoir une valeur de principe, un engagement pour certaines idées au sein du théâtre politique, ces politiciens prennent une valeur d'échange. En tant que transfuges en effet, ils prennent une valeur bonus, qui n'est pas leur valeur d'usage, leurs compétences comme leur orgueil semble le croire, mais une valeur d'otage symbolique, non seulement pour les électeurs qu'ils peuvent drainer avec eux lors des prochaines législatives, mais aussi pour tous les discours de gauche qui sembleront invalidés dans notre monde médiatique, du simple fait de la présence de telles personnalités gouvernementales aux journaux télévisés.
De son côté, le Président qui, une fois gagnées les élections à la tête du plus grand parti de France, part faire ses emplettes dans les jardins de l'opposition pour constituer son gouvernement d'ouverture, ne démissionne-t-il pas de son camp et de sa majorité ?
Pourquoi s'en plaindre ? Il faut saluer l'indépendance d'esprit du président, son ouverture surprise et sa capacité de demander des sacrifices à son propre camp. Peut-être pense-t-il que l'extrême droite est déjà absorbée et qu'elle sera moins dangereuse avec le système majoritaire des législatives, et se tourne-t-il vers la gauche et le centre pour gagner encore quelques indécis que son ouverture peut séduire et pour mettre à mal durablement l'opposition en lui dérobant quelques symboles. Sans doute va-t-il récompenser son électorat de droite sur d'autres plans, comme par le contenu de sa politique, la teneur des réformes qu'il faut attendre patiemment, après que les législatives ouvrent bien grand la voie législative ? Le rêve d'un président centriste n'a plus que quelques jours à vivre, après quoi les transfuges prendront leur couleur de faire valoir, à contre jour.
M. le premier ministre a dit que pour vivre en France il faudra désormais aimer sa culture (la Culture de la France). Il s'agit d'une des formulations employées par François Fillon dans la loi sur l'immigration qu'il entend faire voter. L'immigration choisie est donc ici sentimentale, il faut aimer la France, et la France vous intégrera, si vous avez un travail, etc. On comprend que cette mesure abstraite viserait à s'assurer que l'immigré pourra s'adapter et respecter les lois. Sa promulgation ferait plaisir à tous ceux qui espèrent corriger certaines dérives par ici ou par là, dérives des moeurs, religieuses ou xénophobes. On peut laisser ainsi les différents sentiments réactionnaires imaginer ce qu'ils veulent dans cette mesure qui resterait flou, et dont l'application ressortirait… aux particularismes locaux.
Encore faudrait-il que devant l'impossibilité de définir en quelques traits la culture française, on ne se mette pas à définir par le négatif une sorte d'Ivoirité à la française, à partir de ce qui d'emblée, ne serait pas français. La Francité impossible deviendrait alors un outil de division, une frontière de l'authenticité nationale d'autant plus volubile qu'elle est mal définie.Ce que l'on dit des étrangers trahit un peu ce que l'on pense des citoyens, et c'est bien là le côté le plus effrayant de ce projet de loi. Car le critère sentimental utilisé pour filtrer les immigrants doit évidemment valoir pour les français de souche. La loi, en invoquant ces valeurs nationales implique insidieusement qu'un bon français doit partager ces valeurs et aimer sa patrie. Un réformiste serait-il moins français qu'un conservateur ? Un communiste serait un agent de l'étranger et un musulman un mal adapté ? Et que dire d'un Basque, d'un Breton ou d'un Guadeloupéen, face à un Parisien, face à un paysan. D'autre part, l'esprit critique (et pas seulement la moquerie iconoclaste ou la caricature), pourtant si essentiel aux valeurs de l'Occident, deviendrait l'ennemi intérieur de ces bonnes valeurs françaises que tout bon citoyen se doit d'aimer et de protéger des influences extérieures, qui rodent. Il y a dans cette loi une injonction à aimer sa patrie, et un choix présélectionné dans les réponses possibles aux questions sur son existence, sa naissance. Avant de pouvoir se penser être au monde, le citoyen doit d'abord s'apprécier comme 'être français'. Le chauvinisme n'est plus une option, c'est un devoir…
Pour la gauche, toutes ces défections sont évidemment une aubaine, bon débarras !
Les trous laissés par ceux qui se purgent d'eux-mêmes, recoupent assez bien les flous idéologiques où le parti socialiste cachait ses divisions. Ce que la gauche voit partir est peut-être ce qui l'a empêché d'avoir un discours crédible. A force de vouloir réaffirmer toujours ses qualités de bon gestionnaire pour rassembler jusqu'au centre, le PS a moins écouté à gauche et a délaissé ses principes rassembleurs pour un consensus sans plus de base. Le PS n'a pas su comprendre les raisons du non à la constitution européenne dans le contexte international de l'époque, et il a peu précisé les angles de sa politique étrangère (alors qu'il y avait une majorité à prendre sur ces sujets!). Est-ce un hasard si ce sont les socialistes aux tendances les plus atlantistes qui se précipitent les premiers dans les bras du faucon maltais ?
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