Dette de Bolloré, revanche de Tapie, et l'Algérie
Tam-Tam .2.
• A quoi donc peut bien servir un Président à un magnat comme Vincent Bolloré ?
En février 2006, pas moins de 4 dirigeants du Groupe Bolloré étaient incarcérés à Lomé, au Togo, dont Gilles Alix, l'un des deux directeurs généraux, G. Cognon, responsable pour toute l'Afrique francophone et son adjoint, D. Chuteaux, et Pascal Cotti, patron du Groupe au Togo.
Interpellés à l'aéroport le 8 février au soir, ils furent détenus à Lomé pendant deux jours, suite à une petite affaire de détournement d'actifs pour un montant de 20 millions d'Euros (environ 13 milliards de francs CFA).
Le Groupe Bolloré était en procès avec un de ses employés, J. Dupuydauby, qui était PDG d'une société espagnol dont Bolloré était actionnaire, à propos de ce "détournement d'actifs" dans leurs "activités d'exploitation de zones portuaires et de manutention", au Gabon, pays pétrolier, et au Togo. Le Groupe Bolloré s'est vu accusé, par les autorités togolaises, d'avoir corrompu le juge qui avait tranché en leur faveur et contre M. Dupuydauby par ailleurs ancien de chez Bouygues.
Après intervention de l'Elysée, ils devaient être autorisés à rentrer en France dans la journée du 10 février 2006.
Le journal Le Monde du 10 /02 /2006 ajoute que selon le porte parole du groupe :
"Cela fait vingt ans que Bolloré travaille en Afrique, il n'a jamais eu de problèmes avec la justice. Manifestement, il s'agit d'un piège." Certains parlent même, chez Bolloré, "d'une prise d'otages".
Implanté dans plus de 40 pays d'Afrique, Bolloré y pratique souvent l'intégration industrielle du type vertical. Il commence par des importations dans les ports, ce qui permet à des Africains de travailler pour acheminer les marchandises vers l'intérieur du pays. Mais bientôt, aussi brutalement qu'une dévaluation, il amène ses propres camions et le Groupe Bolloré assure lui-même les livraisons, tandis que ses partenaires africains n'ont qu'à aller se rhabiller… Et ce n'est qu'un exemple.
Il est vrai que Sarkozy en tournée sur le continent noir à bien préciser que la France "n'a pas besoin de l'Afrique"! Il voulait sans doute dire que les industriels français n'ont pas besoin "des Africains" pour se servir en Afrique.
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• Bernard Tapie, la vraie mesure de la France.
Après la leçon de Johnny Hallyday devant le Fouquet's, les Français doivent encore avaler les vantardises de Narnard, l'ex corrupteur du ballon rond, l'homme qui à fait rater la coupe de France à l'O.M., par boulimie d'influence. L'homme qui dans les années 80 à la télé, refusait de diviser le monde entre gagnants et perdants comme on lui suggérait, a su séduire Mitterrand. Mais il a bien changé aujourd'hui, pour séduire le Sar Sarkozy ?
Résumé de l'interview de Tapie dans Le Parisien Libéré du 11 mai.
Les trois quarts de ceux qui crient au scandale devant le voyage de Sarkozy sur le yacht de M. Vincent Bolloré, assure-t-il, sont venus sur mon bateau «Le Phocéa», et ils ne trouvaient rien à y redire à l'époque!
Tapie se compare avantageusement à Bolloré, classé 451ème homme le plus riche du monde, qui préfère corrompre des pays entiers plutôt qu'une simple équipe de foot. Il est tellement fier de sa nouvelle veste qu'il se vante d'avoir reçu la France entière sur son bateau. Et il dérive sur des remarques douteuses. La corruption, selon lui, serait bien tolérée dans la mesure ou le bateau et l'équipage sont d'origine française —avec des étrangers, là, ça marcherait pas.
Rendez vous compte, son bateau était là, devant l'Hôtel de Ville de Marseille, et les mariés venaient faire une photo sur le pont du Phocéa, il n'y avait que "les gens de la haute" qui rechignaient…
On comprend bien pourquoi il s'identifie si facilement à Nicolas Sarkozy. C'est vraiment la revanche des beaufs, la révolution des parvenus. On voit déjà l'effet psychologique positif sur la France de l'élection de Nicolas : Bernard a viré sa cuti. Chiche qu'il reprenne le club de Marseille et vire tous les étrangers, avec qui ça passe pas…
Interrogé comme un oracle sur la personnalité du futur premier Ministre, il est formel, ce sera Fillon ou personne.
Entre Sarkozy et Fillon, il n'y a pas une feuille de papier à cigarette, ajoute-t-il. Bernard Tapie a vraiment trop le sens de l'humour, pour ramener encore sur le tapis Vincent Bolloré, qui détient des marques de Papier à cigarette et de Tabac (regarder en filigrane du papier OCB™, il profite des babas cool de 68 qui roulent leurs clops à la main, ces nostalgiques).
Ensuite cette très fine observation montre bien qu'avoir une personnalité n'est plus à la mode, non, c'est de l'obéissance qu'il faut, et du nerf; "du caractère" à la rigueur, sous réserve de bien comprendre qu'il n'y a que le chef qui puisse laisser aller sa nature caractérielle.
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• Campagne "à la carte" ou retour du refoulé ?
Bertrand Le Gendre a bien montré, dans un article (Le Monde du 10 mai), a quel point les promesses du candidat en campagne étaient contradictoires à force d'avoir flatté différents publics dans différentes salles : un jour il se recueille devant la tombe du général de Gaulle, un autre jour à Nice, il redonne aux nostalgiques de l'Algérie française cet espoir à contre courant (quoiqu'on ait parlé de réécrire l'aventure coloniale, à l'Assemblée en 2006!!!) que le Général avait eu tant de mal renvoyer dans les oubliettes de l'histoire, lui qui dénonçait "ce quarteron de généraux" de l'OAS, et ces "gens qui vivent dans le passé".
Au moins Jacques Chirac a eu le courage [de se déplacer] de mander son Ambassadeur en Algérie afin qu'il reconnaîsse au nom de la France les massacres de Mai 1945 à Sétif, mais il fallait voir la tête du beau monde de l'UMP, et de certains sionistes primaires, lorsqu'il a osé ce geste du souvenir ! Et il fallait voir certains socialistes voter en dormant la loi sur la purification de l'histoire de "la colonisation" (comme si un dogme sur l'Algérie pouvait effacer le Vietnam, l'Afrique Noire, et la collaboration pendant qu'on y est !)
On veut bien essayer de croire que Sarkozy soit pragmatique quand il parle à Nice, qu'il fasse oeuvre utile (sic) en captant le vote frontiste, mais avait-il besoin de raviver les flammes et les blessures de cette guerre-là ? Quand bien même il n'aurait aucun principe, aucune morale que la volonté de gagner des voix, il ne semble pas que la calculette électorale suffise jamais à expliquer une telle trahison des origines même du gaullisme dont l'UMP nouveau aime encore se targuer. La Résistance peut-elle résister à sa mise en scène électorale ?
Nicolas Sarkozy aurait donc des principes, mais si peu avouables qu'il préfère se vêtir de l'habit de la bête électorale qui calcule froidement ses points électoraux. Va-t-il larguer l'extrême droite maintenant qu'il est élu ? Ou attendre des jours "plus cléments" où l'incorrection de ses idées fondamentales se fondera, par habitude et à longueur de journal télévisé, dans un politiquement correct bigot et sournois qu'aucun homme de presse n'aura le courage de dévoiler.
Je préférerais me tromper du tout au tout… mais voilà, le six Mai déjà, les allusions contrôlées de ses discours et de ses actes font craindre le pire.
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